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Ma confession

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VI

Pendant que je cherchais la réponse à la question de la vie, j'éprouvais tout à fait le même sentiment qu'éprouve l'homme qui s'est égaré dans la forêt. Ayant débouché sur une clairière, il grimpa sur un arbre et vit clairement des espaces illimités, mais pas une seule maison; et il comprit qu'il ne pouvait s'en trouver. Il alla alors dans l'épaisseur du bois, dans les ténèbres; mais, là encore, nulle trace de refuge!

J'errais ainsi dans la forêt des connaissances humaines, parmi les lueurs des sciences mathématiques et expérimentales, qui, tout en me découvrant des horizons lumineux, ne pouvaient me fournir aucun abri. Je vaguais au milieu de l'obscurité des connaissances théoriques, toujours plus sombres à mesure que je m'y enfonçais, jusqu'à ce que je fusse enfin persuadé qu'il n'y avait et qu'il ne pouvait pas y avoir d'issue.

—Un homme mort.

—Qu'est-ce?

—Qu'est-ce qu'il en sortira après? demande le prince.

—Pourquoi?

—Parce qu'il sera sûr qu'il ne sera plus jamais vivant et il ne sortira de lui que vers et puanteur.

—Oui.

—Le monde est quelque chose d'infini et d'incompréhensible. La vie humaine est une partie incompréhensible de cet incompréhensible tout.

—Et c'est le partage de tous les hommes? Sera-ce la même chose avec moi? M'enterrera-t-on et n'y aura-t-il de moi que la puanteur et des vers qui me mangeront!

—Eh bien,—me disais-je,—je sais tout ce que la science veut savoir si obstinément; mais sur ce chemin il n'y a pas de réponse à la question du sens de ma vie. D'autre part, dans le domaine théorique,—malgré, ou justement parce que son objet est strictement dirigé vers la réponse à ma question,—il n'y a pas d'autre réponse que celle que je me donnais à moi-même: «—Quel est le sens de ma vie?—Nul»; ou: «—Qu'est-ce qui sortira de ma vie?—Rien», ou: «—Pourquoi existe tout ce qui existe et pourquoi est-ce que j'existe?—Parce que tu existes.»

—Arrière! je ne vais pas me promener et je n'irai plus jamais.

Çakia-Mouni, un jeune prince heureux à qui on avait caché les maladies, la vieillesse et la mort, va à la promenade et voit un vieillard affreux, édenté, à l'aspect repoussant.

«Vanité des vanités,—dit Salomon,—vanité des vanités, tout est vanité! Quel avantage l'homme tire-t-il de tout le travail qu'il fait sous le soleil? Une génération passe et une autre génération vient; mais la terre demeure toujours ferme et ce qui a été est ce qui sera; ce qui a été fait est ce qui se fera, et il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Y a-t-il quelque chose dont on puisse dire: Regarde, cela est nouveau? Cela a déjà été dans les siècles qui ont été avant nous. On ne se souvient plus des choses qui ont précédé; de même, parmi ceux qui viendront à l'avenir, on ne se souviendra point des choses qui seront ci-après. Moi, l'Ecclésiaste, j'ai été roi sur Israël, à Jérusalem, et j'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder avec sagesse tout ce qui se faisait sous les cieux, ce qui est une occupation fâcheuse que Dieu a donnée aux hommes afin qu'ils s'y occupent. J'ai regardé tout ce qui se fait sous le soleil, et voilà: tout est vanité et tourment d'esprit. J'ai parlé en mon cœur, et j'ai dit: Voici, j'ai grandi et crû en sagesse par-dessus tous ceux qui ont été avant moi sur Jérusalem et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science; et j'ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse et à connaître les erreurs et la folie; mais j'ai connu que cela était aussi un tourment d'esprit; car où il y a abondance de science, il y a abondance de chagrin; et celui qui s'accroît de la science s'accroît de la douleur.

«Tout au monde: sottise, sagesse, richesse, misère, gaieté, chagrin, tout est vanité et sottise. L'homme mourra et il n'en restera rien. Et cela est sot,» dit Salomon.

«Pourquoi nous, qui aimons la vérité, nous précipitons-nous vers la vie?—Pour nous débarrasser du corps et de tout le mal qui sort de la vie du corps. Si c'est ainsi, comment donc ne pas nous réjouir quand la mort vient à nous?

«Pour tout et pour tous la même chose; le même sort au juste et à l'impie, au bon et au méchant, à l'homme honnête et à l'homme malhonnête, à celui qui fait des sacrifices et à celui qui n'en fait pas. Comme au bienfaiteur, ainsi au pécheur; comme à celui qui jure, ainsi à celui qui a peur de la malédiction. Ce qui est mauvais en tout ce qui se fait sous le soleil, c'est qu'il n'y a qu'un sort pour tous et le cœur des fils des hommes est plein de méchanceté. La folie est au fond de leur cœur, de leur vie. Après quoi ils s'en vont chez les morts. Pour celui qui se trouve parmi les vivants il y a encore de l'espoir; de même qu'un chien vivant est plus heureux qu'un lion mort. Les vivants savent qu'ils mourront et les morts ne savent rien. Il n'y a plus de rémunération pour eux, parce que leur souvenir est livré à l'oubli; et leur amour, et leur haine, et leur jalousie sont déjà disparus et il n'y a plus d'honneur pour eux en rien de ce qui se fait sous le soleil.»

«Nous ne nous rapprocherons de la vérité qu'autant que nous nous éloignerons de la vie», dit Socrate se préparant à mourir.

«Le sage cherche la mort toute sa vie. C'est pourquoi la mort ne l'effraye pas.»

«La vie est ce qui ne doit pas être, c'est un mal; et le passage au néant est le seul bien de la vie,» dit Schopenhauer.

«La vie du corps est un mal et un mensonge. C'est pourquoi l'abolition de cette vie du corps est un bien et pour cela nous devons le désirer,» dit Socrate.

«J'ai dit en mon cœur:—Allons, que je t'éprouve maintenant par la joie et jouis du bien; mais voilà, cela aussi est vanité. J'ai dit touchant le ris:—Il est insensé, et touchant la joie:—De quoi sert-elle? J'ai recherché en mon cœur le moyen de me traiter délicatement, et que cependant mon cœur s'appliquât à la sagesse et comprît ce que c'est que la folie, jusqu'à ce que je visse ce qu'il est bon aux hommes de faire sous les cieux pendant les jours de leur vie. Je me suis fait des choses magnifiques. Je me suis bâti des maisons; je me suis planté des vignes; je me suis fait des jardins et des vergers, et j'y ai planté toutes sortes d'arbres fruitiers; je me suis fait des réservoirs d'eau pour en arroser le parc planté d'arbres. J'ai acquis des serviteurs et des servantes, et j'ai eu des serviteurs nés en ma maison, et j'ai eu plus de gros et de menu bétail que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem. Je me suis amassé de l'argent et de l'or et les plus précieux joyaux des rois et des provinces. Je me suis acquis des chanteurs et des chanteuses, et les délices des hommes, une harmonie d'instruments de musique, même plusieurs harmonies de toutes sortes d'instruments. Je me suis agrandi et je me suis accru plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem, et avec cela ma sagesse est demeurée avec moi. Enfin, je n'ai rien refusé à mes yeux de tout ce qu'ils ont demandé, et je n'ai épargné aucune joie à mon cœur; car mon cœur s'est réjoui de tout mon travail, et ç'a été tout ce que j'ai eu de tout mon travail. Mais ayant considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits et tout le travail auquel je m'étais occupé pour le faire, voilà: tout était vanité et tourment d'esprit; de sorte que l'homme n'a aucun avantage de ce qui est sous le soleil. Puis je me suis mis à considérer aussi bien la sagesse que les sottises et la folie, car quel est l'homme qui pourrait suivre un roi en ce qui a déjà été fait? Je reconnus qu'elles toutes ont le même sort. C'est pourquoi j'ai dit en mon cœur. Il m'arrivera comme à l'insensé. Pourquoi donc ai-je été plus sage alors? C'est pourquoi j'ai dit en mon cœur que cela aussi était une vanité. La mémoire du sage ne sera point éternelle, non plus que celle de l'insensé, parce que dans les jours à venir tout sera déjà oublié. Et pourquoi le sage meurt-il de même que l'insensé? C'est pourquoi j'ai haï cette vie, parce que les choses qui se sont faites sous le soleil m'ont déplu, parce que tout est vanité et tourment d'esprit. J'ai aussi haï tout mon travail qui a été fait sous le soleil, parce que je le laisserai à l'homme qui sera après moi. Car qu'est-ce que l'homme a de tout son travail et du tourment de son cœur dont il se fatigue sous le soleil? Car tous ses jours ne sont que douleurs, et son occupation n'est que chagrin; même la nuit son cœur ne repose pas. Cela aussi est une vanité. N'est-ce donc pas le bien de l'homme qu'il mange et qu'il boive, et qu'il fasse que son âme jouisse du fruit de son travail? J'ai vu aussi que cela vient de la main de Dieu.

«Ayant compris l'essence intime du monde comme une volonté et n'ayant reçu que l'abjection de cette volonté depuis l'incontestable précipitation des forces obscures de la nature jusqu'à l'activité pleine de la conscience de l'homme, nous ne pourrons absolument pas éviter la conséquence suivante. Avec la libre négation de sa propre volonté, disparaîtront aussi tous ces phénomènes, cette précipitation continuelle et cette traction sans but ni repos par tous les degrés de l'abjection, dans laquelle et à l'aide de laquelle existe l'univers. La variation des formes successives disparaîtra. Disparaîtront aussi avec la forme tous ces phénomènes avec leurs formes générales, l'espace et le temps, et finalement la dernière forme fondamentale—le sujet et l'objet. S'il n'y a pas de volonté, s'il n'y a pas de figuration, il n'y a pas d'univers non plus. Certainement il ne reste devant nous que le néant. Mais ce qui s'oppose à cette transition au néant—notre nature—n'est donc que cette même volonté de l'existence (Wille zum Leben), de laquelle nous consistons ainsi que notre monde. Notre horreur du néant ou bien cette volonté que nous avons tous de vivre veut dire seulement que nous-même nous ne sommes que ce désir de vivre et ne connaissons rien d'autre que ce désir. C'est pourquoi pour nous, qui sommes pleins de volonté, après la destruction complète de la volonté, il ne reste que le néant; mais, au rebours aussi, pour cent chez qui la volonté s'est changée et s'est niée elle-même, pour ceux-là notre monde, si réel avec tous ses soleils et ses voies lactées, n'est aussi que le néant.»

Voilà ce que proclame la sagesse indienne tout entière.

Voici ce que dit encore la sagesse humaine lorsqu'elle répond sans détour à la question de la vie.

Probablement il se crée quelque consolation, puisque gai et heureux il sort de nouveau.

On lui dit que mourir veut dire être ce qu'est devenu cet homme.

On lui dit qu'on le déposera dans la terre.

Mais, cette fois-ci, un nouveau spectacle s'offre encore à lui: il voit qu'on porte quelque chose.

Mais, cette fois-ci, il rencontre un malade. Il voit un homme épuisé, devenu bleuâtre, tremblant, ayant des yeux troubles. Le prince, à qui on avait caché la maladie, s'arrête et demande ce que c'est.

M'adressant à un côté des connaissances humaines, je recevais une quantité infinie de réponses précises sur ce que je ne demandais pas: sur la composition chimique des étoiles, sur le mouvement du soleil vers la constellation d'Hercule, sur l'évolution des espèces et de l'homme, sur les formes infiniment petites, impondérables parties de l'éther; mais à ma question: «Quel est le sens de la vie?» je recevais pour toute réponse dans ce domaine de la science: «Tu es ce qui s'appelle la vie; tu es une agrégation accidentelle de molécules. La transformation de ces parties et leur influence mutuelle s'appelle la vie. Cette agrégation tiendra quelque temps, puis l'action réciproque de ces parties cessera: et ce que tu appelles vie cessera également, comme aussi toutes les questions que tu te poses—tu es une petite boule de «quelque chose» qui s'est accidentellement amassé. La petite boule se consume en fermentant, et cette fermentation de petites boules s'appelle la vie. La boule éclatera—et la fermentation finira de même que toutes les questions.» C'est ainsi que répondent les sciences positives et elles ne peuvent répondre autrement si elles restent logiques avec leur point de départ.

Là où la science théorique est précise, dans la vraie philosophie—et non pas dans la philosophie que Schopenhauer nomme la philosophie de profession, laquelle ne sert qu'à classifier tous les phénomènes existants d'après de nouvelles hases philosophiques et à les nommer par de nouveaux noms,—là où le philosophe ne perd pas de vue la question essentielle, la réponse est toujours la même,—réponse donnée par Socrate, Schopenhauer, Salomon, Bouddha.

Le prince, qui ne connaissait pas la vieillesse, s'étonne et demande ce que c'est et pourquoi cet homme est arrivé à une situation si pitoyable, si dégoûtante et si hideuse. Et lorsqu'il entend que c'est le sort de tous, que lui, jeune prince, est inévitablement menacé de la même décrépitude, il ne peut plus aller se promener et retourne à son palais pour réfléchir sur ce sujet.

Le prince s'approche du mort, ouvre le cercueil et le regarde.

L'irrégularité est la même: le développement, la perfection dans l'infini ne peut avoir ni but, ni direction, et ne répond rien à ma question.

L'autre côté du savoir, le côté théorique, lorsqu'il serre de près sa propre logique, donne et a toujours donné pour réponse directe à ma question:

Je ne veux pas parler de tous ces accommodements entre les sciences théoriques et les sciences expérimentales, lesquels forment tout le bagage des demi-sciences qu'on nomme juridiques, politiques, historiques.

Il est évident qu'une telle réponse n'en est pas une, eu égard à ma question. J'ai besoin de savoir le sens de ma vie. M'expliquer qu'elle est une petite partie de l'infini, au lieu de lui donner un sens, c'est en détruire tout sens possible.

Et Çakia Mouni ne peut trouver de consolation dans la vie et il décide que la vie est un énorme mal. Il emploie toutes les forces de son âme à s'en libérer et à en libérer les autres, de telle sorte qu'après la mort la vie ne se renouvelât pas de quelque manière que ce fût, pour exterminer la vie dans sa racine même.

Et voici ce que dit la Sagesse indienne:

Et voici ce que dit Schopenhauer:

Et lorsqu'il apprend que c'est la maladie, à laquelle sont sujets tous les hommes et que lui-même, prince bien portant et heureux, peut, dès demain, tomber malade de la même manière, il sent sa disposition à se divertir lui manquer de nouveau. Il ordonne de revenir et cherche la tranquillité. Il la trouve probablement, puisqu'il va se promener pour la troisième fois.

Et le voilà enfermé tout seul et songeant!

En étudiant les côtés positifs de la science, j'avais compris que je ne faisais que détourner mes yeux de la question. Malgré tout l'attrait et la clarté des horizons qui s'ouvraient devant moi, malgré tout le charme qu'il y a à se plonger dans l'infini de ces connaissances, je compris désormais que ces connaissances m'étaient d'autant plus claires qu'elles m'étaient moins nécessaires et utiles à la solution du problème que je poursuivais.

Dans ces sciences également, on introduit irrégulièrement des idées, des développements, des perfectionnements, avec cette différence que tout à l'heure il était question du développement du tout en général, et qu'ici il ne s'agit que de la vie humaine.

Ce compromis entre le savoir expérimental et la théorie pure, d'après lequel le sens de la vie consisterait dans le développement et la coopération à ce développement, ce compromis ne peut, pour cause d'inexactitude et d'obscurité, être compté comme une réponse.

C'est ainsi que parle Salomon ou celui qui a écrit ces paroles.

-Que veut dire mort? demande le prince.

«Vivre avec la conscience de l'inévitabilité des souffrances, de l'affaiblissement et de la mort est impossible.... Il faut se délivrer de la vie, de toute possibilité de la vie,» dit Bouddha.

Ce qu'ont dit ces esprits forts, des millions d'hommes semblables à eux l'ont dit, l'ont pensé, l'ont senti. Et c'est ce que je pense et ce que je sens moi-même.

C'est ainsi que mes incursions dans le domaine des sciences, non seulement ne me débarrassèrent pas de mon désespoir, mais l'augmentèrent encore. L'une ne répondait pas aux questions de la vie. L'autre répondait directement, confirmant mon désespoir et montrant que la situation à laquelle j'étais arrivé n'était pas le fruit de mon erreur, de l'état maladif de mon esprit. Au contraire, elle me démontrait que je pensais correctement et que je tombais d'accord avec les plus forts esprits de l'humanité.

Il n'y a pas à s'y tromper: tout est vanité! Heureux celui qui ne fut jamais né. La mort vaut mieux que la vie, dont il faut se défaire.

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